La Bible n’est pas un livre drôle. On peut donc être surpris que les réécritures bibliques de Jean Grosjean (1912-2006) soient empreintes d’un certain sens de l’humour. Pour ce poète chrétien, prêtre jusqu’en 1950, il ne s’agit pas de se moquer de la Bible, encore moins de la décrédibiliser : à aucun moment il ne la tourne en ridicule, ni ne fait rire à ses dépens ; on peut même considérer parfois son humour comme un jeu gratuit. C’est qu’il ne s’agit pas, dans ses réécritures bibliques, de rire de la Bible, mais plutôt de rire avec la Bible, avec des personnages que des siècles de littérature ont rendu disponibles dans l’imaginaire, et que l’on peut remettre en scène dans d’autres contextes ; des archétypes, selon Grosjean, qui insiste cependant sur le caractère individuel de l’expérience chrétienne, et qui confère donc à ses personnages une dimension très humaine. Le narrateur joue de la complicité qu’il entretient avec le lecteur, qui connaît le destin des personnages.